Je vis dans un abattoir
Sep 23, 2020
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L’Est de notre pays est devenu depuis des décennies un abattoir humain, où les personnes sont tuées à tour de rôle ; des familles endeuillées, des femmes violées, mutilées, tuées à tour de rôle. Une situation qui inquiète tout congolais et la tâche de dénoncer de nos jours appartient à tout le monde.
Je viens partager avec vous toutes ces atrocités dans mon pays, surtout à l’est de la République Démocratique du Congo appelée autrefois le capital mondial du viol, et ce qualificatif est malheureusement vrai et a raison d’exister jusqu’au jour d’aujourd’hui.
Dans ses provinces de Nord et Sud-Kivu, l’Ituri et Tanganyika, l’insécurité est plus que grandissante. Vous l’avez peut-être déjà entendu via des réseaux sociaux, via l’internet ou via des chaines d’informations mais je continue de croire que tous ces canaux n’ont pas tout dit et d’autres cachent la vrai réalité. Et celle que je vais partager, c’est celle que je connais, mais ne vous étonnez pas car il y a encore du caché derrière mon message auquel moi-même je n’ai pas accès. On ne se plaint plus des morts ou de violés ou de massacrés vu qu’on en a plus que mare plus qu’assez et personne ne nous entends ou nous écoute, personne n’agit pour y remédier, que ce soit au niveau local, national, régional ou international mais en vrai et pour de vrai nous sommes fatigués de pleurer.
A l’est de mon pays, des groupes armés sont formés par ici et par là, déstabilisant ainsi les populations civiles. Plus un jour ne passe sans qu’on ne signale une incursion laissant des graves incidents. Je peux tout simplement prendre l’exemple du mois de Septembre qui n’est qu’à son début.
- Déjà hier, au Sud-Kivu dans le territoire de Kalehe, les hommes à mains armées se sont introduit à un centre de santé, torturant ainsi les malades et les personnels soignants, pillant des biens et argents de l’hôpital et des malades ;
- au 8 Septembre, il y a eu attaque armée au quartier Ndosho dans la ville de Goma dans la province du Nord Kivu, qui a fait 4 morts et deux blessés ;
- au 7 Septembre, une fillette violée, mutilée puis tuée à Beni ;
- au 6 Septembre, 4 civils tués à Beni dans le Nord Kivu par des rebelles,
- au 5 Septembre, deux civils tués à Béni toujours, 3 autres fusillées dans la ville de Goma,
- au 4 septembre dans le Sud-Kivu, les rebelles armées attaquent les villages dans le haut plateau de Minembwe et s’affrontent aux forces de l’ordre de la République, ainsi les habitants fuient vers la brousse, des personnes blessées, des maisons incendiées, des villages pillés ;
- au 3 septembre à Beni des affrontements entre les forces armées de la république et les rebelles ADF faisant bilan de 3 morts, des blessés et des déplacés fuyant leurs villages ;
- au 2 septembre en Ituri, 48 personnes tuées par la milice CODECO, plusieurs maisons visitées par des hommes à mains armées, pillant, blessant,
- au 1er septembre en Ituri un chef de localité assassiné par des rebelles Mai mai, un motard tué à Beni,
- au 31 août, Une élève violée alors qu’elle préparait son examen, au sud kivu, une attaque des rebelles faisant état de 6 personnes tuées, 8 blessées, une fillette de 12 ans violée, mutilée puis tuée par des rebelles du groupe Makanika ;
Je peux continuer à reculons et jour pour jour, je citerai soit un mort, soit un viol, soit un pillage, soit des villages brulés, soit une incursion des groupes armés, soit un enlèvement, soit une massacre. Plus un jour ne passe à l’est de la RDC, sans qu’il y ait soit de sang qui coule, soit des larmes qui coulent, soit des sueurs qui coulent car nous sommes plusieurs déplacées au sein de notre propre pays ou soit des gens qui tombent.
Laissez-moi vous dire que j’en ai assez. De tous ces morts, tous les massacres dans mon pays, je suis et je ne suis pas la seule à être traumatiser, à vivre dans le chagrin, dans la peur et mes nuits sont de plus en plus cauchemardesques car je ne revois que des morts au coucher comme au réveil.
Ce qui est plus énervant, ce qu’on n’a aucune explication valable de cette flambée de violence et nul ne peut justifier la mort ou la violence.
Sérieusement, certains pensent que c’est lié à des conflits ethnique ou intercommunautaire ; vraiment est-ce une raison valable pour bafouer la sacralité de la vie humaine et les droits fondamentaux de l’homme ; d’autres l’assimilent à l’ingérence des étrangers sur le sol congolais depuis des décennies et qui soutiennent des milices armés à l’Est de la RDC. Ce qui n’est nullement une quelconque justification de la flambée des violences ; et nous même pauvres congolais, nous ne pouvons même pas expliquer cette situation.
Les défenseurs des droits de l’homme parlent, des acteurs locaux, nationaux et régionaux dénoncent mais rien ne change et tout reste indifférent aux yeux de l’Etat qui ne sait même assumer sa responsabilité devant toutes ces atrocités. L’impunité est devenue la grande devise de notre pays, et la recherche des intérêts égoïstes en sacrifice des peuples est le slogan.
L’on pleure, l’on se plaint, l’on gémit mais rien ne change. On ne sait plus quoi faire. Doit-on fuir ? Doit-on supporter et attendre notre tour, qui pourrait être notre dernier ? Doit-on baisser le bras et ne plus se battre ? Doit-on à notre tour prendre les armes et nous rebeller aussi ?ou tout simplement doit-on observer et prier Dieu pour notre pays ?
Aidez-moi ? que faire ?
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