De la sous estimation de soi à la violation de tous tes droits, il n’y a qu’un pas….
Feb 26, 2020
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Il y’a quelques années, la naissance d' un enfant était synonyme de joie dans la famille et pour tout le voisinage dans la province du Sud/Kivu. Une fois informées de cette nouvelle, les femmes s’autorisaient à relayer l’information dans le milieu au moyen des cris de joie. Pour concrétiser cela, la famille et les proches parents préparaient une petite cérémonie d’accueil du nouveau venu et de la parturiente pour leur sortie de la maternité. Généralement, les femmes étaient plus nombreuses aux réjouissances que les hommes car ces derniers estimaient que c’est la fête pour les femmes en guise de reconnaissance de leur rôle de donner la vie.
Actuellement la sortie de l’hôpital des mamans ayant accouchée pour leur domicile, commence à prendre des tournures insolites . Dans les milieux ruraux où l’esprit de cohésion est prépondérant, ledit événement est toujours célébré malgré les moyens limités de la population. Dans les zones urbaines, l’on assiste de plus en plus à des sorties furtives et tardives des mamans. C’est devenu quasiment la mode comme qui dirait. Bien entendu, le manque des moyens a contraint certaines familles à ne plus associer leur entourage à leur joie. Paradoxalement, des familles aisées et celles appartenant à la classe moyenne, se complaisent maintenant derrière des alibis pour ne plus partager leur joie avec quiconque.
Tout récemment, une de mes voisines vienait de quitter la maternité pour son domicile de la même manière et ce pour la troisième fois consécutive. Pendant que je voulais m’enquérir sur le jour de sa sortie de la maternité, de petits garçons du quartier qui m’avaient entendu, s’étaient étonnés de mon ignorance quant à ce. Ces derniers m’ont informé que c’est depuis 3 jours que ma voisine avait regagnée son domicile à 19 heures, accompagnée de son mari et de 2 femmes portant le bébé et les bagages. Ces derniers auraient même reproché aux enfants d’être dehors à pareille heure.
A la question de savoir si leurs mères avaient déjà salué la voisine, lesdits enfants m’ont dit que cela n’était pas possible parce que toutes les portes de sa maison sont closes. Pour ces enfants, c’était bien clair que cette famille ne voulait pas de la visite. Et un autre me dira:« maman, est-ce honteux d’avoir un bébé»? La question de l’enfant avait réveillé mes inquiétudes sur ce phenomene. Quant à moi,j’avais eu la chance d’ apercevoir ma voisine une semaine après du haut de son balcon et j’en avais profité pour lui transmettre mes salutations.
Le pasteur avec qui j’ai partagé le questionnement des enfants et sur les sorties en cachette des femmes, ce dernier me dira que la coutume en ce qui concerne la naissance d’un enfant, valorise sur toute la ligne la femme, mère de l’humanité. Pour lui, il ne comprends pas pourqoui certaines femmes interdisent à leur mari de se réjouir si les moyens sont disponibles. D’autres hommes ont dit qu’à défaut de célébrer cela en famille ,ils partagent toutefois la joie ressentie à chaque naissance de leurs enfants avec leurs amis autour d’un verre de bière.
Certaines femmes pensent que la communauté est en train de perdre certaines pratiques positives telle que le partage d’une bonne nouvelle entre voisin, la fierté de mettre au monde. D’autres craignent que l’acte d’accoucher ne soit banalisé dans la communauté au risque de cautionner la négation de certains avantages y afférants pour la femme. Des femmes, fidèles des Eglises de Réveil pensent que les parturientes doivent protéger leurs bébés et elles mêmes contre les puissances maléfiques que détiendraient certaines personnes.
Pour certaines femmes leaders,les accusations de femmes de sorcellerie a toujours été à la base de violences généralement infligées contre les personnes accusées comme telle par certains membres de la communauté. Maintes fois,elles ont denoncé la passivité de certains chefs locaux devant la commission desdites violences contre les victimes. Pour elles, il y a nécéssité urgente d'informer la communauté que la loi pénale de la RD Congo ne reconnait pas l’infraction de sorcellerie du fait de l’absence d’éléments matériels de preuve.
Quant à moi, je trouve que les femmes ne doivent pas de se priver de certaines jouissances leurs reconnues dans la communauté et ipso facto liées à leurs droits fondamentaux d'autant plus que nous sommes encore loin d'atteindre l'égalité des droits avec les hommes. La connaissance des femmes de leurs droits est un gage de la paix pour tous et cela doit être cimenté à tout instant par l’information et la sensibilisation afin d’éviter à chaque fois le retour à la case de départ.
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